Vaucluse. En respect de la loi de 1905, le Maire de Robion enjoint de déplacer une croix illégalement installée sur le domaine public.

croix illégale de Robion. Le maire condamné à la déplacerLe 6 février 2026, le Tribunal administratif de Nîmes a enjoint au Maire de Robion de faire déplacer une croix illégalement installée sur le domaine public, suite à une plainte de la Fédération de Vaucluse de la Libre Pensée. Depuis, on assiste sur les réseaux sociaux à un déferlement de menaces et d’invectives racistes, antimusulmans et antisémites, notamment à l’encontre de la Libre Pensée, ainsi qu’à des mises en cause des juges administratifs. Mormoiron, a vu aussi l’ancienne municipalité sortie il y a deux ans lors d’élections anticipées, ériger en 2021  une croix près de l’arrêt de bus du village bafouant la loi républicaine. Une offensive religieuse coordonnée contre les lois de la République ?

L’affaire remonte au 10 août 2022, lorsque la  Fédération de Vaucluse de la Libre Pensée saisit le maire de Robion (Mr Patrick Sintès, divers droite) de l’installation récente sur le domaine public d’une croix surplombant la commune et visible de loin vu ses dimensions*. Il s’agit pour l’association citoyenne de restaurer la neutralité de l’espace public sur lequel elle avait été illégalement implantée en contrevenant à l’article 28 de la loi de séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905 qui indique « il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions« .

Mensonges, mutisme officiel et vérité laïque

Le maire de Robion, bottant en touche, affirma que la croix demeurerait car, contre toute vérité,  « cette croix avait toujours été là » et était devenue « une croix mémorielle » suite à un drame local. Tentant de justifier que « sa restauration » devait être le fait « de chasseurs ou de promeneurs » voir que « cette croix était référencée en Préfecture » à qui ça ne posait pas de problème ». En fait cette croix datait de 2019. Le maire ne pouvait donc se prévaloir de la loi de 1905 sur les symboles religieux préexistants dans le domaine public avant la promulgation de cette loi. La représentante de l’État se devait ainsi d’intervenir pour que le maire fasse procéder à l’enlèvement de cette croix.

caricature illustrant le peuple soumis à la volonté des religieux et de la monarchieA  son tour la Préfète, bien que garante de la légalité républicaine dont la laïcité institutionnelle est l’un des fondements premiers, botte en touche en demeurant muette et inactive. Après plusieurs relances sans réponse, la Libre Pensée 84 s’adresse à la Sous-Préfète d’Apt qui à son tour valide la position illégale du maire et, sans preuve, justifie que la croix serait antérieure à l’année 1905 et que vus les assauts du temps elle aurait été remise en état en 2020. La laïcité est bafouée.

Le 21 février 2023, après avoir recueilli de nouvelles informations sur le caractère très récent de cette croix, la Libre Pensée 84 adresse un recours gracieux au Maire de Robion, lui demandant de procéder au retrait de cet emblème religieux, illégalement installé sur le domaine public. Devant la décision du maire d’ignorer la loi de 1905, la Libre Pensée saisit alors le Tribunal administratif de Nîmes le 1er juin 2023.

Le maire, fou de rage, appelle la population à « défendre la croix », un de ses adjoints harangue les paroissiens lors d’une messe, lors des vœux en janvier 2026 le Maire éructe contre l’action de la Libre Pensée. Certains voudraient-ils revenir à la monarchie et à une religion officielle d’Etat?

Le maire condamné à respecter les lois républicaines, la laïcité n’est pas une option

Le jugement du Tribunal Administratif  du 6 février 2026 considère que « le refus implicite contesté du maire de la commune de Robion de retirer la croix litigieuse doit être annulé » , le tribunal « enjoint au maire de Robion, sous réserve d’un changement dans les circonstances de droit ou de fait, « de faire procéder au déplacement de la croix litigieuse dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement » ; « La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne (…) de pourvoir à l’exécution de la présente décision. »

Séparation des Eglises et de l'Etat. La loi de 1905Ce jugement confirme que la laïcité institutionnelle n’est pas une option, ni pour un Maire, ni pour un Préfet, lesquels doivent strictement veiller à son application. D’autant que  depuis quelques années l’Église catholique mène une campagne d’installation de croix et de statues religieuses dans l’espace public, notamment dans le Luberon . Ce jugement vient rappeler que le domaine public ne saurait être mis à disposition d’opérations de propagande religieuse.

Déjà des tribunaux ou des Préfets avaient du faire respecter, dans la dernière période, la loi de 1905 pour l’implantation de symboles religieux sur le domaine public: les croix sur le portail du nouveau cimetière de Velleron, celles de Ploërmel et de Quasquara, les statues de Vierge Marie de Saint-Pierre-d’Alvey et de la Flotte en Ré, celle de Notre-Dame-des-Granitiers à Brusvily, celle de l’archange Saint-Michel aux Sables d’Olonne,…

La réaction de la Fédération de Vaucluse de la Libre Pensée

Dans un communiqué La Fédération de Vaucluse de la Libre Pensée indique qu’elle « veillera à l’application de ce jugement. La croix de Robion s’inscrit dans la longue liste des atteintes à la loi de 1905 auxquelles il a été fait échec. L’époque où l’évêque de Cavaillon administrait Robion est révolue ! Robion n’appartient plus à l’Église catholique romaine depuis le rattachement du Comtat Venaissin à la France le 14 septembre 1791. Le concordat bonapartiste de 1801, reconnaissant et finançant la religion catholique, a été supprimé par la loi de 1905. Elle s’applique à Robion… quels que soient le maire et le Préfet en place ! La Fédération de Vaucluse de la Libre Pensée continuera sans relâche à défendre la loi de 1905 et invite les citoyennes et citoyens attachés à la laïcité institutionnelle à la solliciter en cas atteintes ouvertes ou déguisées qu’ils constatent dans leur commune et dans le département. »

La loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 est le fondement juridique de la liberté de conscience et de la neutralité des institutions publiques. Elle a parachevé le principe d’égalité proclamé par la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789.

Au lieu de menacer les libertés démocratiques avec diverses lois au nom d’une croisade contre le « séparatisme islamique », une politique gouvernementale authentiquement laïque consisterait à respecter et à faire respecter, y compris par les collectivités territoriales, la Séparation des Églises et de l’État.

12 milliards d’euros de fonds publics détournés chaque année au profit des écoles confessionnelles

Cela commencerait par abroger la loi Debré de 1959 qui détourne plus de 12 milliards d’euros de fonds publics chaque année au profit des écoles confessionnelles (à 95 % catholiques, sous tutelles congréganiste ou diocésaines) en violation de la loi de 1905 et la loi liberticide dite « contre le séparatisme » de 2021 qui est la négation de la Laïcité et de la liberté d’association. En effet, cette loi est une épée de Damoclès sur toutes les associations que le pouvoir peut juger déviantes au regard de « valeurs républicaines » dont il fixe arbitrairement et subjectivement le contenu… !

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* l’emplacement actuel de la croix illégale n’est autre que celui de la balise géodésique qui préexistait

3 réflexions sur « Vaucluse. En respect de la loi de 1905, le Maire de Robion enjoint de déplacer une croix illégalement installée sur le domaine public. »

  1. … Des militants politiques surfent sur un fond d’ignorance crasse de la loi de séparation des Églises et de l’État, dans la continuité des maurrassiens pour qui la laïcité a été conçue au XIXᵉ siècle comme « une machine de guerre contre le catholicisme par une coterie judéo-protestante ». Jean Maynier, Baron d’Oppède, massacreurs des vaudois du Luberon, sortez de ces corps !

    Au premier rang de l’organisation de la campagne tapageuse contre le jugement, on trouve le parti Reconquête de Monsieur Éric Zemmour à l’initiative d’une pétition, présentée comme émanant d’un « collectif pour la croix de Robion », pour « protéger l’âme et l’identité du village de Robion et du Luberon ».
    On notera que cette pétition ne manque pas de donner un coup de griffe à « 1789 », la Révolution qui mit fin aux discriminations subies par les protestants et les juifs en instaurant l’égalité des droits pour tous, puis en établissant la première séparation des Églises et de l’État.

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