Pascal a la soixantaine et, depuis huit années, il est un visiteur de prison. Une activité assez méconnue du grand public. Le visiteur de prison est un bénévole qui intervient auprès des personnes placées sous main de justice pour leur apporter une écoute confidentielle, un soutien humain et un accueil bienveillant. Son rôle principal est de briser la solitude des personnes détenues, qui n’ont souvent aucun autre contact avec l’extérieur, en leur offrant une véritable fenêtre ouverte sur la société civile. Totalement neutre, il agit comme un témoin privilégié, sans lien avec les proches des détenus ni avec l’administration pénitentiaire ou la Justice. Portrait d’un bénévolat humaniste.
En France comme dans de nombreux autres pays, toute personne détenue a le droit d’être accompagnée par un visiteur de prison, peu importe l’infraction qu’elle a commise.
Pour Pascal, qui adhère à la mission de l’association ANVP (Association Nationale des Visiteurs de Personnes sous main de justice) et a obtenu son agrément des services pénitentiaires, il s’agit d’aider la personne détenue. Les conditions pour être visiteur de prison sont d’être majeur et d’avoir un casier judiciaire vierge. Il peut suivre une personne condamnée ou placée en détention provisoire avec laquelle il n’a aucun lien amical ou familial. (Lorsqu’un détenu fait l’objet d’une interdiction de communiquer, le visiteur de prison ne peut pas entrer en contact avec elle.) Pascal n’a pas plus connaissance des faits pour lesquels la personne est détenue et la durée d’accompagnement est fixée selon les besoins de la personne détenue. Chaque personne, visiteur de prison ou la personne qu’il suit, est libre de mettre fin à l’accompagnement à tout moment.
Comment cela se passe-t-il?
Pascal: Avant de débuter mon activité bénévole, je suis informé des obligations auxquelles je dois me soumettre lors des visites. L’ensemble de ces obligations est fixé dans une charte que je conclus avec l’administration pénitentiaire. Je dois respecter le règlement intérieur de l’établissement pénitentiaire, notamment en matière de discipline et de sécurité. Chaque visiteur ou visiteuse de prison s’engage à consacrer du temps à l’activité bénévole, sans que cela n’empiète sur ses activités professionnelles et personnelles.
En fait, quand un visiteur rencontre une personne détenue, ça se passe simplement dans un parloir, en tête-à-tête. C’est vraiment un moment de discussion libre où le détenu peut parler de tout et de rien, confier ses baisses de moral ou raconter son quotidien sans jamais être jugé. Le visiteur est juste là pour écouter avec bienveillance et apporter un soutien humain.
Le grand point fort de ces moments, c’est la confidentialité totale. Comme le bénévole n’est ni un surveillant, ni un juge, ni un membre de la famille, le détenu peut s’exprimer en toute confiance. Pour lui, c’est une vraie bouffée d’oxygène et un lien précieux avec le monde extérieur.
Concrètement?
Pascal: Si on devait résumer une visite standard, voilà comment ça se passe concrètement pour le bénévole : D’abord, quand tu arrives à la prison, tu passes par l’accueil et la sécurité. C’est un peu comme à l’aéroport : tu laisses tes affaires personnelles, ton téléphone et tes clés dans un casier, tu montres ton badge et tu passes sous un portique de détection. Ensuite, tu traverses les couloirs et les grilles pour rejoindre la zone des parloirs avocats.
C’est là que la rencontre commence vraiment dans un petit box. Le surveillant amène le détenu et vous vous retrouvez en tête-à-tête pendant environ 45 minutes à 1 heure. C’est un moment hors du temps où vous discutez de tout et de rien : du quotidien en cellule, de l’actualité, de projets… Personne n’écoute ce que vous dites, même si les surveillants peuvent jeter un coup d’œil à travers la vitre de la porte pour la sécurité. En général, ce rendez-vous s’inscrit dans un rythme hebdomadaire, ce qui permet de créer un vrai rituel régulier et très attendu par la personne détenue.
Quand l’heure est écoulée, le surveillant revient chercher la personne détenue pour la raccompagner. De ton côté, tu refais le chemin inverse, tu récupères tes affaires à la sortie et ta visite est terminée.
Qu’est-ce qui t’a motivé dans ton choix de devenir visiteur de prison?
Pascal: La toute première motivation, c’est vraiment l’envie de rompre la solitude. La prison, c’est un calvaire d’isolement, et beaucoup de détenus n’ont plus aucun proche qui vient les voir. Savoir que ta simple présence va illuminer la semaine de quelqu’un et lui redonner un peu de baume au cœur, c’est un moteur énorme.
Il y a aussi une forte croyance en la seconde chance. Les visiteurs se disent souvent que, pour s’en sortir et se réinsérer, un détenu a besoin de sentir que la société ne l’a pas totalement abandonné. C’est une manière d’aider la personne à garder un pied dans le monde réel. Une autre raison, c’est la beauté de l’écoute pure et gratuite. Dans le parloir, on oublie le délit, on ne cherche pas à savoir pourquoi la personne est là et on ne juge pas. On offre juste son temps, son oreille, et on discute d’égal à égal, d’humain à humain.
Enfin, pour moi, c’est aussi l’envie de dépasser les clichés. On voit tellement de choses sur la prison dans les films ou les infos que l’engagement permet de se confronter à la vraie réalité du terrain.
Qu’est-ce qui t’a le plus marqué dans les procédures et dans la relation?
Pascal: Ce qui me marque le plus au fond, c’est la grande claque d’humilité qu’on se prend à chaque fois. Parfois, en écoutant un détenu te raconter sa vie, son enfance, les galères qu’il a traversées ou les impasses dans lesquelles il s’est retrouvé, tu ne peux pas t’empêcher de te dire : « Franchement, si j’avais eu le même parcours et les mêmes cartes en main, est-ce que je ne serais pas assis à sa place aujourd’hui ? » Ça remet tout de suite les idées en place et ça efface complètement l’envie de juger.
Après, si on regarde le quotidien, il y a deux choses qui me marquent vraiment : D’un côté, au niveau des procédures, c’est ce choc des mondes quand tu passes les portes. Tu commences par la lourdeur froide de la prison : les grilles qui se verrouillent derrière toi, les portiques de sécurité, les badges… Tout est ultra-réglementé, presque déshumanisant. Et puis, la seconde d’après, la porte du box du parloir se referme et tu bascules d’un coup dans un espace de liberté totale, où seule la parole compte. Ce contraste est hyper saisissant.
De l’autre côté, dans la relation, c’est la force de la confiance qui s’installe. Ces personnes ont tellement l’habitude qu’on attende quelque chose d’elles ou qu’on les regarde comme des dossiers. Alors, quand elles comprennent que tu es juste là pour elles, bénévolement, sans rien demander en retour, la carapace se fend. Voir un visage se détendre, partager un vrai rire ou entendre un « merci d’être là » sincère, ça te prend aux tripes. Tu te rends compte à quel point un simple lien humain peut être vital pour quelqu’un qui a tout perdu.
Et les dispositions de contrôles par l’autorité?
Pascal: Mon agrément et celui de tout visiteur-se de prison peuvent être retirés soit sur décision de l’administration pénitentiaire, soit sur décision des autorités judiciaires (juge de l’application des peines et procureur de la République). Dans ce cas, le visiteur accompagnant est informé du fait que le retrait a été demandé par les autorités judiciaires. En cas d’urgence et pour des motifs graves, l’agrément peut également être suspendu par le directeur du SPIP qui suit la personne détenue. Dans ce cas, le directeur interrégional des services pénitentiaires est immédiatement informé de la situation qui a entraîné cette demande de suspension.
Comment devenir visiteur de prison?
Pascal: Si tu as envie de devenir visiteur de prison, c’est un super engagement, mais il faut savoir que le parcours demande de la patience, car le milieu est très encadré. Concrètement, voilà comment ça se passe :
D’abord, il y a le premier filtre : il faut obligatoirement être majeur et avoir un casier judiciaire totalement vierge. Ensuite, la première vraie étape, c’est de contacter une association comme l’ANVP et compléter le formulaire sur le site https://www.anvp.org/devenir-visiteur. Tu vas passer un petit entretien avec un bénévole pour discuter de tes motivations. Le but, c’est surtout de vérifier que tu es prêt à t’engager régulièrement, par exemple pour une visite chaque semaine, parce que la régularité est hyper importante pour les détenus.
Si l’association valide ton profil, tu rencontres ensuite le responsable du SPIP (les services d’insertion de la prison). C’est le premier feu vert institutionnel. Après ça, on attaque la phase administrative pour obtenir ton agrément officiel. C’est le document de la Direction des services pénitentiaires qui te donne le droit d’entrer. Là, l’administration lance une enquête de sécurité approfondie. Ça prend souvent plusieurs mois, alors il ne faut pas se décourager !
Enfin, quand tu as ton précieux badge en poche, tu ne plonges pas tout seul dans le grand bain. L’association te propose une formation pour capter les codes du parloir et les règles de sécurité. Et pour tes tout premiers pas en prison, tu es accompagné par un visiteur chevronné qui te montre le chemin et te rassure.
Propos recueillis par Jean-Pierre Seignon
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(1) L’Association Nationale des Visiteurs de Prison (ANVP) est fondée en sous le nom de l’Œuvre de la Visite des Détenus dans les Prisons (OVDP). En 2021, l’ANVP abandonne le nom qu’elle avait pris en 1991, pour celui, plus conforme au périmètre de son action, tout en conservant le même sigle, d’Association nationale des Visiteurs de Personnes
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Qu’elle est la situation en France et dans la région?
Au 1er décembre 2017 (statistiques officielles), la France avait 69.714 personnes incarcérées et 80.811 personnes écrouées. La différence tient au fait qu’un peu plus de 11.000 personnes sont sous le coup de mesures de surveillance électronique ou de placement extérieur. Or, dans le même temps, la France compte 59.165 places en prison opérationnelles, ainsi que 1547 « matelas au sol » selon le ministère de la justice). En 2026 le nombre de détenus est de 86 655. Le taux d’occupation est en moyenne de 142% en maisons d’arrêt et quartiers de maisons d’arrêt, c’est à dire là où sont détenus les prévenus -les personnes poursuivies et qui ne sont pas jugées définitivement- et les condamnés à de courtes peines. Or ils représentent près d’un tiers des détenus. 40 établissements ont une densité comprise entre 150 et 200%. Trois établissements ont une densité supérieure ou égale à 200% dont la maison d’arrêt de Nîmes qui compte 400 détenus pour 190 places. cela signifie que deux, trois, voire quatre personnes partagent une cellule de 9 à 11 mètres carrés. Situation dont se plaignent les personnels eux-mêmes. Pourtant le principe d’une personne par cellule est préconisé depuis… 1875 et a été consacré par la loi de novembre 2009, censée être mise en place depuis 2020.
Une des solutions, comme le disait la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté serait de « faire en sorte que la prison soit le dernier recours » et « que le sursis mise à l’épreuve, la contrainte pénale, la libération conditionnelle, puissent être vraiment prononcés par les magistrats« . Des chercheurs plaident d’ailleurs pour la mise en place de vrais programmes de réinsertion pour éviter les récidives et pour une réflexion urgente sur le fait d’incarcérer ou laisser en prison des détenus souffrant d’affections psychiatriques lourdes qui n’ont rien à y faire.
Les statistiques le confirment dans tous les pays: lorsqu’une prison est ouverte le nombre global de prisonniers augmentent, comme si le fait d’avoir plus de places conduisait le pouvoir judiciaire à ne plus porter attention aux mesures de substitution ou de liberté provisoire et à remplir à tour de bras.
En Vaucluse un nouveau centre de détention du Comtat Venaissin (Entraigues-sur-Sorgues) doit accueillir 400 détenus dont les premiers à partir de mars 2027. Inauguré en toute discrétion il vise notamment officiellement à répondre à la surpopulation carcérale dans la région. Pourtant cette situation ne fait qu’empirer, le pouvoir politique préférant le répressif et le mépris humain aux mesures de substitutions propices à la réinsertion des détenu.es. La France a été condamnée à plusieurs reprises pour conditions indignes et inhumaines d’incarcération des détenus. La grande majorité de ceux-ci étant issue des milieux populaires on peu parler de justice et d’emprisonnement de classe. C’est à ce titre qu’une opposition à la construction de ce centre pénitentiaire et sur le principe même des prisons, conduit par le collectif « nibetononnimaton » contre ces « outils dangereux de soumission et d’apprentissage de l’humiliation« . Le Collectif « Sauvons nos terres » s’était également exprimé et opposé durant plusieurs années (sans plus de succès) car cette prison s’implantait sur 9 hectares de terres agricoles et cultivables.