Histoires de poubelles

Mormoiron morne plaine et containers perdusAvouons-le, il n’est pas facile de rendre compliqué ce qui était simple. Dans un temps ancien, reculé et antédiluviens diront certains, les poubelles de chaque habitant de la commune étaient ramassées plusieurs jours par semaine par le camion-benne au pied ou à proximité de son domicile. Cela avait un coût pour la collectivité comme tout service public rendu, coût couvert par les impôts locaux. La gestion était assurée par la commune ou l’inter-communalité ou le syndicat ad-hoc. Mais un jour tout bascula. L’ére de la rationalisation financière, des tableaux « excel », du libéralisme macroniste à tout va, des technocrates et de la rentabilité style entreprise privée s’abattit sur les communes et l’esprit des élu-es. Et le service se dégrada.

Histoires d’ordures

Si au coeur du village de Mormoiron la disposition des containers collectifs de tri des ordures ménagères est assez bien réfléchit et judicieusement dispatchée après quelques ajustements, tel n’est pas le cas dans les hameaux et les campagnes. La gestion assurée par la Communauté de Communes Ventoux-Sud (CCVS) où siège des représentants de chaque commune, a du mal à trouver son rythme de croisière et à maintenir une qualité de service rendu. Le hameau des Maridats, situé à la « frontière » Mormoiron/Bedoin en est un bel exemple. Un côté de la route traversante relève de la Cove de Carpentras et l’autre de la CCVS. Le bon sens eu voulu qu’un accord fut trouvé entre les deux institutions pour maintenir le service rendu aux habitants, les camions de relève de la Cove passant régulièrement. Le quartier de Vacquières étant confronté à des problématiques similaires d’éloignement on aurait pu faire d’une pierre deux coups. C’était sans compter sur la techno-structure et les sphères d’influence et de pouvoir.

Historiques et épiques changements

Initialement, un container était disposé juste en face de la sortie du hameau des Maridats et les habitants venaient y déposer leurs poubelles en voiture – ou à pied pour les plus proches – en se rendant soit vers Mormoiron (4km) soit  vers Bedoin (3k500) et Carpentras. Simple, pratique pour tous d’autant que la benne-ordure (Cove) relevait presque chaque jour les détritus. Et puis un jour ce container disparu et avec lui le ramassage des ordures. Sans en aviser les usagers évidemment. Chacun-e alors du se débrouiller, certains emmenant leur poubelle vers un container à Bedoin (le plus près) d’autre à l’occasion d’un passage par le village sur Mormoiron. Quelque temps plus tard un nouveau dispositif apparu: un camion-benne passa trois jours par semaine ramasser les poubelles au pied de chaque habitation. Pratique notamment pour les personnes âgées nombreuses à habiter les hameaux. Cela dura quelques temps, puis le ramassage n’eut plus lieu que deux jours, puis plus du tout. Aucun avis de ces changements, aucun recueil du point de vue et de l’expérience des riverains.

Pendant ce temps là tout un discours officiel fut développé dans les médias municipaux et de la communauté pour inciter les habitants à une pratique responsable de leurs ordures ménagères. Bonne intention et juste objectif, dont le but était de rationaliser et de faire des économies pour la collectivité. Mais avait cette petite saveur technocratique et condescendante laissant à penser qu’auparavant les habitants étaient des idiots, des abrutis, des irresponsables. Mais ne polémiquons pas.

Le tri fut donc mis en avant (bien que les circuits techniques de la filière n’assuraient pas véritablement la sélection et le traitement et que souvent tout finissait dans le même incinérateur). Mais toujours pas de containers idoines dans les hameaux. Fleurirent alors,  pour ceux qui avaient la chance d’être du bon côté de la rue, des poubelles individuelles de différentes couleurs en fonction des jours de ramassage. Le lundi la jaune, le mercredi la verte, le jeudi une autre couleur ou bien l’inverse de ça, on ne sait plus trop. L’ajustement fut lent et pénible mais ces chanceux gérés par la Cove pouvaient s’organiser. Pour les autres, gérés par la CCVS, ce fut le système D. Kafka était revenu.

Puis une nouvelle nouvelle organisation apparue, toujours sans consultation de la population du hameau et de ses alentours. Il suffisait que chaque habitant prenne sa voiture, parcoure plusieurs  kilomètres aller-retour (8km) , consomme autant de carburant en polluant à proportion, et vienne décharger sa ou ses sacs d’ordures dans les containers situés à l’entrée du village de Mormoiron. Economie du côté de la CCVS qui sous-traite au privé, sur-coût et perte de temps pour chaque mormoironnais des hameaux.

La fausse bonne solution

La gronde aidant, la municipalité et la CCVS alertées, se mirent dernièrement en recherche d’un lieu plus proche du hameau des Maridats pour implanter des containers collectifs de recueil des ordures ménagères. Malheureusement pas de terrain communal où les installer. Alors un terrain privé fut recherché. Etait-il adapté aux pratiques quotidiennes des riverains? situé sur le parcours des usagers se rendant dans l’un des villages ou sur Carpentras? C’eut été judicieux. Mais non, trop simple! Les containers ont été installés sur le chemin des Oumettes, à 3 km du hameau des Maridats, sur une route déserte, sinueuse et étroite et ne menant à aucun village, aucun commerce, aucun service public.

La campagne est bucolique certes mais faire 6 km aller-retour en voiture pour chaque famille uniquement pour déposer ses ordures ménagères est-ce vraiment raisonnable? économique? écologique? Du coup ces containers dont l’achat et l’installation n’ont pas du être gratuit risque de demeurer étonnamment peu remplis. Et risque surtout de servir de dépôt sauvage pour les malintentionnés y déposant détritus et autres déchets devant être amener à la décharge.  Il faudra alors tout reprendre à zéro. Et peut-être savoir écouter les citoyen-nes concerné-es.

OdL

 

4 réflexions sur « Histoires de poubelles »

  1. Par delà les réunions publiques programmées par la municipalité ponctuellement pour informer de l’état de la commune, notamment ses finances, il y a quand même un problème de concertation avec les habitants. Exemple: la place de la poste, son stationnement, ses containers d’ordures ménagères disparus,…

    • Un petit air d’Avignon où on aseptise les lieux de vie pour en faire des cartes postales touristiques. Pas facile de jongler entre la vie quotidienne des gens et une image publique propice aux commerces…
      Effectivement rien ne pourra remplacer la concertation préalable et l’écoute des habitants

  2. Pas simple de prendre en compte la vie quotidienne des gens et vouloir offrir une image clean du village propice au tourisme et aux commerces. Dans toutes les situations, surtout celles de changement, avnat tout choix des élus, il est préférable de solliciter l’avis des intéressés. Le reproche avait déjà été adressée à la précédente équipe municipale.

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