A nos amis « les écologistes »: si tu veux la paix, organise-la !

par Jean Revest*

la paix- du monde est entre nos mainsVous nous aviez habitués depuis vos origines, chers ami-es écologistes encarté-es à EELV/Les écologistes, à un discours pacifiste. Aujourd’hui vous virez de bords et rejoignez les propos belliqueux et provocateurs des politiciens et médias va t’en guerre. Oubliant toute votre histoire et vos analyses reposant sur principalement : la diplomatie avant tout, une haine lucide et réaliste de la guerre, le rejet du nucléaire, la solidarité internationaliste des peuples, l’émancipation.

Pourquoi vous rangez-vous à présent dans cette nouvelle vague des partisans de l’économie de guerre et de la gesticulation anti-russe justifiant ainsi l’allocation de milliards d’euros de fonds publics au bénéfice des marchands de canons; après les milliards alloués sous couvert de « covid » aux industriels de la chimie pharmaceutique, les milliards d’euros alloués sous couvert d’indépendance énergétique au patronat de la destruction atomique, les milliards d’euros alloués sous couvert de modernité aux fanatiques de la pseudo intelligence artificielle. le tout au détriment des services publics de la santé, de l’éducation, du secteur social, de la culture, de l’environnement et des autres biens communs?

Les discours sur la guerre font comme s’il s’agissait d’un jeu vidéo

Les bourreurs de crânes n’ont pas l’intention de faire mesurer à la population française l’ampleur des dégâts qu’une guerre provoquerait de nos jours.  Or la guerre ne peut être qu’un désastre humain, social et écologique irréversible notamment par la vulnérabilité nucléaire de notre pays.

effets de la radioactivité sur le corps humainLe nucléaire en temps de guerre ce n’est pas seulement la bombe atomique. En effet 173 installations nucléaires civiles et militaires mitent tout le territoire, pas une région n’y échappe. Et principalement la notre avec son quadrilatère de la mort atomique formé par les sites nucléaires de Tricastin* (Vaucluse-Drôme), Cruas-Meysse (Ardèche), Cadarache (Bouches du Rhône), Marcoule (Gard). Auquels s’ajoutent les sites nucléarisés de Toulon (base navale), Istres (base aérienne) et plusieurs autres disséminés de-çi de-là.

Les 56 piscines de refroidissement des combustibles nucléaires usés cotoyant les centrales nucléaires n’étant pas bunkerisées la menace en est encore plus aggravée.

Autant de lieux de vulnérabilité et de cibles potentielles militaires connues dont, en cas d’attaques, les retombées radioactives dévasteraient et rendraient impropres à toute vie toute la France et une grande partie de l’Europe. Et ce pendant une durée supérieure à celle de l’apparition des premiers êtres vivants sur Terre.

Si depuis le début de l’affrontement guerrier entre l’Ukraine et la Russie les installations nucléaires ukrainiennes attirent à juste titre toute votre attention, comme la notre, comment pouvez-vous faire fi de celles qui menacent notre propre population et nos territoires?

11 000 tonnes de combustibles nucléaires usés

Plus au nord-est l’usine de traitement-conditionnement du combustible usé en provenance de toutes les centrales françaises située à La Hague menace aussi tout le pays. Les transports depuis et vers les centrales nucléaires sont aussi autant de danger pour les automobilistes qui côtoient sur les routes et autoroutes de France ces transports mortels tout comme les usagers du train qui croisent les convois de transports ferroviaires de déchets nucléaires. Autant de cibles en cas de guerre. Autant de risques et de contaminations en tant de paix.

combustible nucléaire uséLe retraitement vise à scinder ce « combustible » (1) usé en 95 % d’uranium de retraitement qui repart vers  le site du Tricastin* où il est stocké en vue de sa transformation ultérieure. Une partie est expédiée vers le site de Marcoule (Gard) pour être transformé en « Mox » un « combustible » encore plus dangereux à base d’oxyde de plutonium qui bourre la moitié du parc nucléaire tricolore (2). Les 4 % de « déchets ultimes » restants sont encore plus radioactifs et sont vitrifiés puis stockés sur place, le gouvernement veut les planquer sous Terre à Bure en Champagne. Durée de leur nocivité: jusqu’à 1 million d’années. 11 000 tonnes de cette merde radioactives mortelles sont stockées à La Hague, ainsi que 82 tonnes de plutonium (pour la bombe) sous forme de poudre. Cette usine nucléaire n’est pas protégée contre les agressions externes (chute d’avion ou acte de guerre).

100 000 km de lignes électriques Très Haute Tension et 100 000 pylônes quadrillent tout le pays. 65 % en milieu agricole,  15 % en milieu forestier.

ligne THT et pylonesLa France est dépendante à 75% du nucléaire. Une hérésie. Tout comme le réseau électrique particulièrement vulnérable aux attaques et intempéries avec ses 100 000 pylones aériens de 55 mètres de hauteur et ses 100 000 kilomètres de lignes aériennes THT (Très Haute Tension) de 400 000 volts, 225 000 volts, 63 000 et 90 000 volts. 65 % en milieu agricole,  15 % en milieu forestier.

Autant, là encore, de menaces sur l’environnement et la santé (électromagnétisme, incendies), de risque d’explosion des réacteurs nucléaires qui ont besoin en permanence d’électricité pour être pilotés et refroidit, de neutralisation de toute activité industrielle, privée et publique (coupures de lignes, pénurie énergétique, paralysie économique). Tout comme les barrages et retenues d’eau indispensables au refroidissement en continu des réacteurs sont autant de points de vulnérabilité.

La centralisation de la production électrique sur 58 points névralgiques est une immense faiblesse en situation de conflits.

Les effets concrets de la bombe atomique

bombe atomiqueUne seule bombe nucléaire de 1 mégatonne (que 9 pays seulement possédent sur les 197 Etats officiels sur la Terre) est 80 fois plus puissante et destructrice que la bombe larguée par les USA sur le Japon qui a explosé au-dessus d’Hiroshima en 1945. Cette bombe avait fait grimper la température jusqu’à 300 000 degrés.

35 % de l’énergie d’une explosion nucléaire est libérée sous forme de rayonnements radioactif et thermique se déplaçant à peu près à la vitesse de la lumière soit 299 792 458 mètres en une seconde. La première chose qui vous frappe et vous détruit est un éclair de lumière et de chaleur aveuglante. Dans un rayon de 1 km, la pression maximale est quatre fois supérieure à la pression habituelle, la vitesse du vent peut atteindre 750 km/h. Les personnes les plus proches de l’explosion et jusqu’à 8 km de distance sont brûlées au troisième degré, brûlures qui détruisent et forment des cloques sur la peau et engendrent des douleurs insupportables conduisant à la mort quasi instantanée. Les personnes se trouvant jusqu’à 24 km de distance sont brûlées au premier degré. Les personnes situées à 21 km de distance sont frappées de cécité soudaine, les personnes situées à 85 km de distance sont aveuglées par nuit claire.

Dans un rayon de 6 km autour d’une bombe d’une mégatonne, les ondes de choc produisent une force de 180 tonnes sur les murs de tous les immeubles de deux étages qui chuttent et explosent. L’onde engendre des vents de 255 km/h.

Les nuages radioactifs émis lors des catastrophes nucléaires « civiles » de Tchernobyl et de Fukushima ont parcourus en quelques jours 1200km dans un cas et plus de 450km dans l’autres, contaminant la chaîne alimentaire, les territoires, détruisant la santé, procurant la mort.

Pourquoi en sommes-nous là?

lingots d'orLe capitalisme mondialisé est en crise. Ses milliers de milliards de dollars et d’euros accumulés par l’exploitation des salarié-es et le pillage de la nature ne trouvent plus à s’investir dans des projets et produits générant de somptueux profits. Comme lors du temps du colonialisme puis du consumérisme effréné. La baisse tendancielle du taux de profits (3) exacerbe les rivalités et affrontements économiques entre les différents secteurs du capitalisme. Chacun d’eux exige de leurs Etats des renflouements permanents d’argent public qui ne peuvent se faire qu’au prix de la casse des services publics, des protections sociales, du code du travail.

Chaque Etat, souvent interpénétré avec les secteurs privés, en vient à défendre bec et ongle ses patronats nationaux afin de garantir aux actionnaires une rentabilité financière suffisante à leur accumulation. C’est ce contexte et ses exigences qui engendrent une relance des impérialismes et affrontements planétaires et nationaux qui glissent de plus en plus vers l’agressivité contre tout ce qui n’est pas soi, contre l’autre, et se mue de guerre économique en guerre armée militariste.

budget européen: un pognon de dingue pour l'armementL’Union Européenne digne héritière de la Communauté du Charbon et de l’Acier (CECA) fondée en

Les chefs d’Etats représentants les intérêts de leurs patronats nationaux tentent de se synchroniser (sur le dos des populations) pour se répartir les marchés et diriger les fonds publics vers le secteur de l’armement. Un pognon de dingue! Et ce qui n’était pas possible pour les services publics et répondre aux besoins de la population le devient pour les actionnaires privés et publics de la mort. A l’occasion ils ressortent les drapeaux, l’appel au patriotisme et au serrage de ceinture.

A nos amis « les écologistes » et à toute la population : si tu veux la paix, organise-la!

avoir la pais ou avoir raisonOn le voit, l’arme nucléaire, la bombe atomique et les missibles ne sont pas des garanties de paix et d’invincibilité, loin s’en faut. Toute guerre est meurtrière, plus encore lorsqu’elle est nucléaire. Une balle tue, un obus déchiquette, un tank explose les corps, une mitraillette découpe, un missile anéanti, une bombe atomise.

Pour paraphraser le grand écrivain et journaliste, prix Nobel de littérature, Anatole France au début de la première guerre mondiale : « On croit mourir pour la patrie et le drapeau on meurt pour les marchands de canons et les actionnaires« . A chacun de promouvoir des relations de coopération. C’est ce qu’aurait du faire la France plutôt que jouer les gros bras belliqueux (4).

Toute guerre dépend en première et en dernière analyse du consentement des populations à la violence destructrice et de leur degré de certitude de l’utilité des combats où meurent leurs enfants, leur présent et leur avenir. Un Président toxique et ses acolytes politiciens libéraux ne peuvent et ne doivent pas être la boussole du peuple français ni des partis d’alternative sociétale ni l’horizon indépassable.

Car que reste-t-il après? Pour les peuples et notre planète: la mort et la désolation, pour le patronat : les nouveaux marchés de la reconstruction. Est-cela que vous voulez, que nous voulons?

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(1) « combustible »: le terme est impropre et une manipulation sémantique du lobby atomiste. En effet dans le processus de fission atomique il n’y a pas de combustion, donc pas de combustible. Ce qui est utilisé dans les réacteurs nucléaires sont des produits créés artificiellement de fission atomique (« pastilles » d’uranium enrichi dans des crayons gigantesques ») qui sont bombardés par des émissions neutroniques qui engendrent un fort dégagement de chaleur et une radioactivité mortelle.
* le site atomique du Tricastin a été implanté dans la paléovallée du Rhône, une configuration géologique susceptible d’induire un effet sismique spécifique , c’est-à-dire une amplification du mouvement sismique et un allongement de la durée de la secousse.

(2) Tricolore est un terme inapproprié car les plans des réacteurs nucléaires construits en France sont… Etats-Uniens, fournis par la société Westinghouse à laquelle la France a versé pendant plus de 40 ans des royalties. Profitons de cette précision pour une autre mise au point: la bombe atomique tricolore est… anglaise. En effet les USA, dans leur lutte contre l’URSS, on donné leur accord à l’Angletterre pour qu’elle fournisse au Commissariat à l’Energie Atomique les plans de la tête de mise à feu de la bombe nucléaire que les français ne parvenaient pas à mettre au point. Comme indépendance nationale et énergétique on fait mieux!
(3) ce phénomène empirique inhérent au capitalisme révèle la mécanique qui soutend ce modèle économique : la recherche et l’accumulation du profit permanente sans fin qui porte en lui ses propres contradictions et limites. Ainsi, succintement, pour 1 euro investit le Capital doit/veux dégager x% de profits (la plus-value) puis en investissant ce 1€ de départ et les x% de profits il veut encore dégager de cette somme le même taux de profits ce qui très vite s’avère impossible sauf à réduire les coût du Travail (les salarié-es) par blocage des salaires et/ou licenciements et/ou délocalisation, réduire les coût de la matière première (la nature) en recherchant de nouvelles zones de « pillage » (mondialisation, guerre de territoires), réduire les coût des moyens de production (remplacement de la force humaine par des machines et robots, informatisation des activités salariales,…), réorienter le Capital/profit vers la spéculation financière (bourses, actions, produits dérivés, fonds de pensions vautours,…) déconnectée de la valeur réelle de la production et du Travail. En 2024 la répartition de la richesse créée est de 40% pour le Travail (les salarié-es) et de 60% pour le Capital (les actionnaires) alors qu’il y a quarante ans la répartition était l’inverse:  60% pour le Travail et 40% pour le Capital. Illustration du « vol » par les possédants de la richesse produite par les travailleurs.
(4) C’est ce qu’aurait du faire la France plutôt que de s’aligner sur les USA, l’implantation provocatrices de base de l’OTAN tout autour de la Russie, un mutisme assourdissant durant les 8 ans précédent l’intervention Russe en Ukraine alors que les populations du Dombass étaient massacrées par l’armée ukrainienne et les forces nazis ukrainienne (division « Azov » notamment). Voir le livre: « Ukraine, la guerre des images »
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sources: MCCA, CAN-SE, JLMblog, Investigation, Nos voisins lointains, Greenpeace,…

15 réflexions sur « A nos amis « les écologistes »: si tu veux la paix, organise-la ! »

  1. je ne suis pas d’accord avec tout ce que vous dites mais au moins dans cet article je n’ai pas l’impressiond’être pris pour un mouton comme avce les médias télé et radio qui nous disent ce qu’il faut qu’on pense.

  2. Merci de votre éclairage notamment sur la crise du capitalisme qui semble bien être le fondement de ce que nous vivons, par delà les mises en scène anecdotiques et factuelles qu’on nous sert en boucle.

  3. Attention tous les écologistes ne sont pas encartés au parti « les écologistes », j’y ai aussi des amies qui sont adhérentes et ne sont pas d’accord avec la position de leur Direction nationale. Elles restent pacifistes, antinucléaires et anticapitalistes,

  4. Illustration de votre propos: la Banque Européenne d’Investissement (BEI) accorde à Orano un prêt de 400M€ de fonds publics pour l’extension de son usine d’enrichissement d’uranium Georges Besse 2 du Tricastin. Orano a engagé un investissement de 1,7 milliard d’euros pour accroître de 30 % la capacité de son usine alors, qu’en faillite, elle a déjà été renflouée par l’Etat (les contribuables) de plusieurs dizaines de millions.

  5. n’oublions pas les secteurs de l’agriculture productiviste et de l’agro-buiseness qui reçoivent depuis plus de 60 ans chaque année des centaines des milliards d’euros de l’UE et de l’Etat français.

  6. origine : « Les Verts » (pacifistes, antimilitaristes, antinucléaires, antiproductivistes, internationalistes)
    transition de genre sous l’impulsion de sociodémocrates libéraux sauce Conhbendit, Placé, Jadot,… : « Europe Ecologie les Verts » (pacifistes, antinucléaires, antiproductivistes, européistes, mondialistes)
    A présent : « les écologistes » (pro-guerre et plus tellement antinucléaires pour certain-es,…)

    • l’idéologie sociale-démocrate (acceptation du système libéral, co-gestion des interêts du patronat, stratégie des petits-pas) a pénétré tous les partis politiques de la traditionnelle gauche française.
      Le PS est passé à droite, le PC est devenu le PS, Les Verts sont devenus l’annexe du PS.
      Peut-on encore parler de « gauche »?
      Plus à droite: les LR sont devenus le RN, le RN est devenu trumpiste.
      Qui reste-il?

  7. Quelques faits interdits de mass-médias C’est à dire connus de tous mais dits nulle part.

    1/ en 2014 l’Ukraine a démocratiquement élu son président pro-russe.
    Cette élection a été surveillée et plus crédible que quand le frère de Bush a (évidemment sans aucun conflit d’intérêt ! ) arbitré les comptes des votes de la Floride entre son frère Georges Bush et Al Gore

    2/ juste après la CIA a financé et orchestré une « révolution démocratique » en Ukraine.
    Avec le « soulèvement populaire spontané « de la place Maidane, ce président élu fut renversé … démocratiquement ! ( … et ça marche …)
    En signe de non-ingérence (sic) , même l’ambassadrice US distribuait des croissants aux manifestants sur la place

    3/ mais évidemment le méchant, l’agresseur, c’est toujours et seulement Poutine.

    Les populations marchent ! Vers la guerre ! Fomentée par cette Europe qui évidemment s’y déclare pacifique ! Cette Europe qui livre ses armes à une armée ukrainienne dont les meilleurs troupes s’affichent pro-nazies ! (Pour des raisons historiques respectables, mais ici je n’ai pas la place)

  8. La guerre, même décarbonée, n’est pas écolo.
    La priorité n’est-elle pas de traiter la racine des problèmes écologiques et du changement climatique : la logique expansionniste et productiviste quelque soit le pays qui s’y adonne.

    • Les dépenses militaires mondiales sont de 2400 milliards par an. C’est exactement la somme nécessaire pour passer à 100% d’énergies renouvelables en 2050 sur la planète selon l’AIE (Agence internationale de l’énergie) organe de l’OCDE.
      Même constat pour la « défense » de l’Union Européenne: 300 milliards par an. Exactement la somme pour passer au 100% énergies renouvelables en toute souveraineté d’ici 2050 toujours selon l’AIE.
      La réorientation des budgets militaires est donc un impératif écologique si l’on veut faire face au problème soulevé.

      • En France (3ème pays au monde de ventes d’armes) c’est 100 milliards par an pour l’armement (idéal du ministre Sébastien Lecornu). C’est 4 fois et demi le budget de l’écologie, trois fois le budget de la recherche, 1 fois et demie le budget de l’Éducation nationale.
        Le budget est un choix de société.

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